A mes amis et à ma famille,

Au café du coin sur 1st Avenue, je n’arrive pas à travailler et préfère m’exprimer.

Je ne suis pas citoyen américain et vis aux Etats-Unis depuis 2 ans seulement ; mais ce matin je me réveille bouleversé. Il y a un an nous pleurions les attaques de Paris. Nous nous n’étions jamais sentis aussi loin de notre pays. Aujourd’hui et après avoir vécu plusieurs mois de campagne de l’intérieur, je suis à nouveau blessé et je n’ai su retenir mes larmes. Sensible ? Surement. En colère ? Oui.

Ce fut 10 mois d’une rare intensité politique. 10 mois de guerre malsaine entre deux camps mais surtout 10 mois de déchirement à l’intérieur d’un peuple. Une bataille finale de faible niveau intellectuel où tout semblait se jouer sur le démantèlement de scandales personnels. Finalement pas ; à en croire la longue liste dans lesquelles Trump est « trumpé »…

Je voudrais tout d’abord vous dire à quel point la démocratie américaine m’irrite car oui Clinton a probablement gagné le vote populaire mais elle a perdu la Maison Blanche par le nombre de grands électeurs. Comme en 2008 quand Al Gore gagna le vote populaire mais perdu la présidentielle contre Bush Jr.

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Bref, je viens de raccrocher après avoir appelé ma mère pour chercher du réconfort. Elle a souvent les bons mots. Elle me rappelle que c’est une victoire du peuple et non pas celle des élites et qu’une majeure partie du pays se réveille probablement… heureuse.

J’essaie de ne pas en vouloir au peuple américain. Je n’en veux pas à mes amis d’ici avec qui je partage de nombreuses valeurs. J’essaie simplement de comprendre comme vous tous.

Maman me l’a encore rappelé. Nous sommes une « élite ». Et quand tu ne te poses pas la question de ce que tu vas bouffer ou comment vas-tu payer des vacances à tes gosses, tu ne peux pas te mettre à la place d’une partie de la population. Et puis quand tu n’as pas eu cette chance de faire des études qui te permettent de comprendre et d’analyser le monde dans lequel tu vis, les messages forts et parfois extrêmes sont alors plus comestibles.

J’en suis convaincu – mais est-ce la majorité de l’électorat ? Je ne pense pas. Une grande partie est aussi influencée par d’autres facteurs où là, les réponses sont difficiles à trouver.

Si le protectionnisme peut être logiquement défendu par une partie de la population qui cherche à sauver sa peau avant celle des autres ; le racisme, le repli sur soi, le mensonge, la xénophobie, la mégalomanie ou misogynie sont indéfendables. Mais alors à qui la faute ?

  • A Donald pour s’être comporté de la sorte et contribué au déchirement des américains,
  • A Hillary pour représenter – malgré elle – les élites et non le peuple,
  • A notre société individualiste et déchirée que certains individus contribués a créer.

Le protectionnisme est selon moi une forme de repli sur soi. Un moyen de trouver un coupable face à certaines passes difficiles. Nous l’avons vu avec le Brexit en Grande-Bretagne ou avec la montée du Front Nationale en France. Une idéologie qui ne demande aucune charge de travail à l’individu mais qui est bien une demande de l’individu aux politiques. Et cette demande, certains politiques se l’approprie au plus grand bonheur de Trump ou de Marine Le Pen. Je n’aime pas les gens qui comparent s’en cesse Le Pen ou Trump à Hitler ; cependant et en remettant les choses dans leur contexte il existe bien un parallèle. Créer puis utiliser la peur pour ensuite se prendre pour le sauveur. Car oui, la situation aux Etats-Unis est-elle si catastrophique que Trump veut le laisser croire ? Clairement pas.

Il y a tellement d’autres choses à faire à notre échelle que de donner les clés à ce genre d’individus. Les actions commencent à notre niveau et au quotidien. Aujourd’hui je remets beaucoup de choses en question et notamment au sein de ma propre vie : quelle est mon rôle dans la société ? Comment puis-je apporter mon soutien aux autres ? Attention, je ne parle pas de tout lâcher pour aller jouer de la flute de pan aux Nuit Debout lors de mon retour en France ! Je parle ici d’intégrer plus de valeures humaines et de respect de l’autre dans notre quotidien.

Depuis notre emménagement aux USA, j’ai rencontré des gens incroyables (oui – il y en a quand même) dont l’investissement auprès de la société est impressionnant, du simple bénévolat à l’entreprenariat social.

Pour la première fois et comme beaucoup de jeunes de mon âge (Millennials ou génération Y), j’ai partagé des idées avec un politique du nom de Bernie Sander. Celui qui aurait pu faire « tromper » Trump hier soir… Celui qui au nom de la tolérance et de la sagesse, même en désaccords avec Hillary Clinton, avait rallié son mouvement après les primaires pour empêcher ce qui vient de se passé.

Il y a aussi des bonnes nouvelles du moins pour le future ! Les 18-25ans ne semblent pas cautionner tant de messages de haines et d’absurdités !
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« Le soleil se lève ce matin » a commenté Obama après les résultats. Cet Homme va manquer à l’Amérique car même si ces actions ont été contestées (principalement par les Républicains) son attitude et son respect de l’autre sont indéniables.

http://www.npr.org/2016/11/09/501436007/watch-president-obama-to-speak-on-trump-win-clinton-loss

Non, ce n’est pas un cauchemar. Non, je ne vais pas être affecté dans mon quotidien mais mes valeurs sont blessées. Notre futur aux Etats-Unis va être discuté dans les prochains mois mais cette élection jouera un rôle dans notre décision de prolonger ou non. Mais aujourd’hui il est l’heure de se réveiller et de continuer à vivre et acter comme bon vous semble.