Un nouveau voyage, une nouvelle expérience, un nouveau challenge. En janvier dernier, j’ai enfourché de nouveau ma randonneuse pour un périple du côté de la Tasmanie. En empruntant le « Tasmanian Trail » depuis la petite ville de Devonport, j’ai traversé cette île australienne située à 600km au large de Melbourne pour y rejoindre sa capital, Hobart où un tournoi de bike polo m’attendait ! Un périple de 420km rythmé par un parcours fascinant, une météo parfois capricieuse, une nature grandiose ainsi que par une solitude envoutante voire parfois pesante. Et puis, il me semblait essentiel et important d’associer ce voyage à une cause qui me tient à cœur en récoltant des fonds pour l’ONG GreenFleet.

THE TASSIE TRAIL

C’est en navigant sur internet à la recherche d’un itinéraire en Tasmanie que je suis tombé sur le site du www.tasmaniantrail.com.au. Un site digne des années 2000 mais dont le contenu m’a très vite convaincu. Voilà que pour quelques dollars j’obtiens mon abonnement, reçois par la poste une carte et un autocollant et accède à un carnet de bord (PDF) plus que complet ainsi qu’au tracé GPS que je pourrais charger sur ma montre Suunto.

Ce parcours, empruntant en majeur partie sentiers et pistes, est destiné aux marcheurs, cyclistes et cavaliers souhaitant traverser la Tasmanie du nord au sud (465km). Le parcours, plus ou moins fléché est entretenu par quelques bénévoles passionnés. Cependant, le nombre de kilomètres, les innombrables intersections ainsi que la force de la nature m’ont vite convaincu de suivre mon GPS !

Parti du nord, j’ai bifurqué au jour 6 pour rejoindre Hobart le lendemain.

Après avoir accroché mes sacoches, ma tente et ma canne à pêche à mon vélo ainsi que dit au revoir à Sarah, j’ai roulé depuis la maison direction le port de Melbourne. C’est donc à quelques kilomètres de la maison que j’ai retrouvé le ferry qui traversera le détroit de Bass et me déposera à Devonport, le véritable point de départ pour une aventure en solitaire inoubliable.

J’y ai pu apprécier une nature changeante et sublime des vallées agricoles à la région des hauts plateaux en passant par les forêts primaires. J’y ressenti des émotions diverses souvent décuplées par une fatigue indiscutable. 

MOTHER NATURE

Après avoir visité la côte est de l’île quelques mois plus tôt avec Sarah, je savais que cet itinéraire et cette façon de voyager allaient me faire découvrir une toute autre Tasmanie. Ni plage, ni océan. Ni même villages de plus de… 200 habitants ? Mais cela n’empêchera pas la beauté de paysages qui varieront de jours en jours.

Forêts, campagnes, rivières, plateaux désertiques et lacs m’accompagneront. Étapes escarpées comme cet interminable sentier de plus de 1000m de dénivelé où pousser un vélo de 40kg dans un pierrier relève de l’impossible ou encore routes de campagne vallonnées et sinueuses accompagné d’une horde de mouches ayant décidées de se coller sur ma figure transpirante. Mes journées ne se ressemblent pas ! Dame nature est bien là, vivante. Son relief, ses sols divers, ses caprices comme ces arbres allongés me faisant barrage, le soleil, le vent, la pluie mais aussi le brouillard et le froid ; ces rivières mais aussi cette faune unique. Wallabies, oiseaux, serpents, araignées et ornithorynques pour le côté sauvage. Et vaches, taureaux et chèvres par milliers témoignent de la présence de l’Homme même dans les endroits les plus reculés.

Difficile de mettre plus de mots derrière ces paysages traversés où seuls les chants désaccordés des oiseaux australiens venaient perturber mon acoustique.

OOOOH BYYYY MYYYYSEEEELF – NOT ALWAYS!

Depuis mon premier voyage en vélo en Idaho, j’ai pris le goût pour l’aventure en solitaire. Il est devenu si rare de nos jours de pouvoir profiter de tels moments de solitude. Ces moments sont certes parfois difficiles mais essentiellement bénéfiques. Ils me permettent de me retrouver, de réfléchir, de vivre à mon rythme et au final, de me rendre compte de la richesse des relations sociales.

Chacune de mes rencontres ont été des moments très appréciés. Plus j’avançais dans ma solitude, plus l’interaction avec quiconque devenait une véritable récompense. Alors j’ai savouré ces moments, les uns après les autres.

Cela a commencé par une courte discussion avec un cycliste à la sortie du ferry. Cet anglais d’une cinquantaine d’années est sur la route depuis plus d’un an à parcourir le monde. Une discussion qui s’avèrera malheureusement interrompu par notre arrivée à quai. Bon vent !

Ma deuxième rencontre, la plus improbable, fût ce court moment passé avec l’ancien leader des Verts australiens et très emblématique politique et environnementaliste Bob Brown, accompagné de son compagnon Paul Thomas, activiste lui aussi. En ce deuxième jours, je me décide – hésitant – à planter ma tente dans cette réserve nommée « Oura Oura » et dont le panneau à l’entrée raconte l’histoire de cette terre et de ce cottage situé en peu plus en hauteur. Le nom de Bob Brown ainsi que sa photo y apparaissent mais cet homme ne m’est pas (encore) familier. J’en profite pour faire une rechercher Google et en apprend un peu plus. Alors que je prépare ma dinette, bien seul comme la nuit précédente, j’aperçois deux hommes en contre bas se diriger vers ce cottage mais également… vers mon camp, étant situé à mi-chemin. Légèrement inquiet quant à l’autorisation de pouvoir camper dans cette réserve, je me lève et avec un grand sourire, m’en vais saluer… Paul Thomas et Bob Brown ! S’en suivra quelques photos et un échange de 10 minutes avant que Paul et Thomas ne s’en aillent s’installer dans le cottage dont ils profiteront quelques jours, m’offrant par la même occasion le luxe d’utiliser leurs toilettes ! Bien évidemment, je suis plus que bienvenu à camper à Oura Oura. Houra !

Troisième rencontre, probablement la plus fun, fût celle de cette bande de potes bien installée au camping de « Pump House Bay ». Accent australien à son maximum, bières à la main, barbecue allumé, ces joyeux lurons profitent de leurs vacances d’été dont l’un d’eux n’est autre que la Manager du camping. Mais c’est Mike qui me verra le premier, arrivant épuisé par cette journée qui s’avéra être la plus difficile et dont une nuit au camping me fera grand bien. Je me vois offrir une bière fraiche, du saucisson de kangourou et du fromage tasmanien au milieu de wallabies venu réclamer leur diner à quelques campeurs bien généreux. L’échange sera court mais cela suffira. Je me sens entouré. Une douche chaude même !

2 nuits suivront en camping sauvage où je serai seul à contempler les paysages tout comme ces moments précieux qui me feront appréciés d’autant plus mes futures rencontres.  Sessions pêche, mots fléchés, coups de téléphone à Sarah, lecture et popote occupent généralement mes fins d’après-midis.

Jour 5 (si je ne trompe pas) et après avoir été bien saucé, voilà que je tombe sur un autre camping bien déglingué tout comme son propriétaire, Henry ! Que dire de Henry. Original et drôle à l’image de ce petit camping pour backpackers qu’il a construit il y a quelques années. Blagues de mauvais goûts mais tout de même hilarantes quand la fatigue est à son paroxysme, anecdotes mythiques et visite d’un lieu insolite resteront gravés.

Enfin, je vous parlerais de cette dernière rencontre car elle marque mon retour à l’urbanisation alors que je ne suis plus qu’à 50km de Hobart. Me voici à New Norfolk où je trouve un café bibliothèque hyper branché pour savourer un expresso et dévorer un brownie maison. La transition parait brutale mais la rencontre avec le copropriétaire George (son fils gérant la partie café) me réintroduit peu à peu à la civilisation. Ce passionné de vélo, ancien guide de vélo-tourisme en Tasmanie m’invite à l’arrière du café où se situe sa maison et son garage ! Il m’aidera à réparer mon vélo qui a bien souffert, ce qui me permettra de finir mon parcours en toute sécurité, mes freins… ne freinant quasiment plus !

Alors voilà, 95% de mon temps a été passé à réfléchir, planifier, oublier, rêver mais ces quelques rencontres m’ont permis d’échanger, de rire et d’apprendre.

NOT AN EASY RIDE 

Ces 10 jours ont bien évidemment été un défi sportif. 420km avec près de 6000m de dénivelé positif et un vélo bien chargé ; sans oublier 80% de « off-road ». Mais encore une fois j’ai apprécié ce défi et les difficultés rencontrés où le mental semble toujours jouer un rôle crucial.

Tout comme le relief du parcours, mes émotions alternent. Elles ont oscillé entre joie, fierté, souffrance, appréhension et détresse. L’appréhension à l’approche d’un orage en pleine pampa, la détresse lors que je casse ma chaine dans cette forêt où je me sens si seul, cette joie à l’arrivée de chaque étape, cette souffrance lors que je chute en pleine décente sur une bande de sable venue me déstabiliser ou bien cette fierté lorsque j’aperçois enfin Hobart…

Une expérience une fois de plus très enrichissante. La plus longue de mes 3 aventures en solitaire et des souvenirs plein la tête dont je peux aujourd’hui vous raconter. Pas de film donc cette année ! Bon, je ne vous parlerais pas du tournoi de bike polo d’Hobart (boring), mais l’enchainement c’est avéré positif avec une 3ème place. A vrai dire, j’étais plutôt en jambes !

Je tiens aussi à remercier tous ceux qui m’ont encouragé durant le voyage et ceux qui ont contribué à mon projet via la cagnotte GreenFleet. Ensemble nous avons récolté plus de $2200 qui ont été reversés dans le but de soutenir des projets de plantations d’arbres et de restauration de forêts australiennes et néo-zélandaises.

Merci !