Idaho Hot Springs Mountain Bike Route

21 août 2017. Certainement une date qui restera gravée dans ma mémoire. A 11h26 du  matin, la lune est venue recouvrir le soleil durant près de 2 minutes. A cet instant, il fait à nouveau nuit et je suis à 2200 mètres d’altitude avec mon vélo au bord de Bull Trout Lake en Idaho. Cette étape sera l’un des points marquant de ma première expérience solo en vélo sur les pistes de l’ « Idaho Hot Springs Mountain Bike Route ».

Du rêve à la réalité

Je ne suis pas parti sur un coup de tête. Certes ce voyage n’était pas au programme de l’été ; mais une envie de m’échapper avec mon vélo sur plusieurs jours me trottait dans la tête depuis quelques années. En arrivant aux Etats-Unis, j’ai acheté ce vélo de « touring » –  ou randonneuse – à la fois pour une utilisation quotidienne mais aussi avec cette idée de partir un jour à l’aventure.

J’avais dans la tête, un projet ne se limitant pas au simple fait de pédaler pendant 6 jours. C’est donc pour cela, que j’ai choisi cette destination et cet itinéraire afin de pouvoir pratiquer la pêche à la mouche, admirer une nature grandiose – en empruntant à 80% des chemins – et camper dans des endroits hors des sentiers battus. Ajouter à cela une date bien choisie avec le passage exceptionnel d’une éclipse totale ainsi que le paramètre d’une expérience en solitaire et voilà que l’aventure rêvée pouvait voir le jour. Ainsi, j’ai pu m’éclater en parcourant une partie de l’ « IHSMBR », un itinéraire reconnu et proposé par la « Adventure Cycling Association ».

Un itinéraire grandiose

Le choix de parcourir une partie de l’IHSMBR aura été plus que positif. J’ai savouré chaque portion et la diversité de ses paysages et de ses reliefs a été un régal. La boucle entière de cet itinéraire est de 800km et nécessite plus de 10 jours. Contenu du nombre de vacances limitées aux Etats-Unis, j’avais décidé de partir du vendredi au mercredi en démarrant de Sun Valley pour rejoindre Boise – où une navette me ramènera à mon point de départ. Au final, j’ai parcouru 370km sur 6 jours avec un dénivelé positif de 4300 mètres dont 80 à 85% sur chemin.

Après 4h30 de route depuis Salt Lake, je suis arrivé à Sun Valley, petite station de ski très huppée d’Idaho. L’été, le village se transforme en lieu de VTT, randonnée, pêche… C’est aussi un point de passage pour se rendre dans la magnifique Sawtooth Valley là où je me suis dirigé dans un premier temps. J’étais sur le qui-vive concernant les feux de forêts qui avaient frappé fort la région ces dernières semaines mais la fenêtre de tir semblait plutôt bonne. Une légère brume était visible par endroit. Le risque d’incendie était cependant à son maximum ce qui ne m’a pas permis de faire de feux de camp.

Voici alors le récit des 6 étapes :

  • Sun Valley – Prairie Campground : 40km / +430m

J’abandonne ma voiture sur un parking gratuit de Sun Valley et voilà qu’il est temps de charger la « bête ». Je dispose de deux sacoches avant contenant majoritairement vêtements, nourriture et ustensiles de cuisine comme mon réchaud ou encore ma presse à café. A l’arrière : tente, duvet et canne à pêche. Au milieu dans une sacoche accrochée au tube, je dispose de matériel de pêche (le strict minimum) et d’un filtre à eau qui s’avèrera essentiel. Mon panier avant contient le matériel électronique (GoPro et appareil photo), des bars céréales, de la crème solaire et la carte de l’itinéraire. Trois porte-gourdes un peu plus bas sur le cadre. Enfin, fixés sur mon guidon, se trouve mon iPhone et ma montre GPS, tous les deux utiles à la navigation.

Let’s go ! Chargé comme une mule (15-20kg), je quitte avec la banane Sun Valley par la piste cyclable avant de rejoindre le Harriman Trail pour une première étape de type « découverte ». J’apprécie la tenue de route de mon vélo – monté sur pneus larges – et les bonnes sensations sur ce chemin, malgré mon chargement. Je m’arrête pour un premier bain dans la Hot Spring de Russian John où, lancé à pleine vitesse, je me retrouve en haut d’une côte, nez à nez avec un couple nu, profitant de cette paisible source… Monsieur, assis sur son rocher, les jambes croisées tel une sculpture de Rodin et madame, se relaxant dans cette eau chaude. Bref, après une petite discussion leur tournant le dos car étant quelque peu gêné, ils me laissent la place afin de profiter (nu à mon tour) de ce premier stop, fort agréable.

45 minutes de pause puis je reprends ma route pour m’arrêter quelques kilomètres plus loin afin d’établir mon premier camp au bord de la Big Wood River. Je pêche dans cet environnement somptueux mais n’attrape rien, j’ai l’habitude… La pêche à la mouche se différencie de la pêche classique par son aspect ultra-technique ; un véritable sport de finesse qui demande expérience, patience, écoute et où la nature demeure imprévisible.

De retour dans ma tente, je découvre les premières sensations de ma première soirée en solitaire. Toujours le sourire au coin des lèvres, il est l’heure de faire bouillir l’eau récupérée dans la rivière et de concocter mon premier repas lyophilisé. Ce soir au menu : des pâtes au parmesan ! Puis, un peu de lecture et une bonne nuit. Le voyage s’annonce des plus passionnants.

  • Prairie Campground – Salmon River : 55km / +830m

Il a fait froid la nuit dernière. 3 degrés au levé… J’ai du mal à sortir de mon duvet. Pour ces 6 prochaines matinées le menu sera spartiate : un café et une portion de porridge.

9h – Il est temps de plier bagages. Les premiers kilomètres à la fraiche se passent super bien et j’arrive vers 11h au Galena Lodge, un restaurant au style alpin. Ici, c’est un point de départ de randonnés et de « mountain bike ». Bon ok, je ne vous le cache pas – je me suis fait plaisir avec des « French Toast » et un bon café avant d’attaquer la montée et le passage du col de Galena situé à 2,652m d’altitude. Toujours sur les chemins, je perds un peu la trace (parfois effacée) et me convint d’écouter ma montre GPS Suunto qui me ramènera toujours sur ma route. Je rencontre tout de même les premières difficultés avec quelques passages de ruisseaux et des arbres effondrés qui me demande d’être créatif dans leur contournement ou leur franchissement.

Dans mon ascension, je rencontre pour la première fois des gens sur ce trail ! Des retraités d’origine californienne fondus de sport en actuellement en balade VTT. On discute et ils me donnent des endroits sympas sur mon trajet. Ca grimpe de plus en plus et mon vélo est toujours aussi impressionnant sur les cailloux. Tout de même, je ressens pour la première fois le poids de mon équipement et les cuisses chauffent. Je distingue alors de nouveaux la route et les voitures qui mènent au sommet, non loin. Mais mon trajet officiel me demande de simplement traverser le bitume et de continuer par un sentier escarpé… Je l’écoute et après quelques kilomètres, atteins le Galena Pass.

La descente est un pur bonheur. A ce moment, j’ai récupéré ce qu’on appelle une « gravel road ». C’est sont des chemins larges et donc plus confortables. Premières bonne sensations en descente à fond les ballons pour retomber à 2000/2200m d’altitude dans la fameuse Sawtooth Valley. Le paysage est différent. Je m’autorise une petite pause au bord d’une rivière, rempli mes gourdes grâce à mon filtre, mange deux-trois graines et repars sur une longue ligne droite légèrement descendante jusqu’à trouver un super spot au bord de la Salmon River. A nouveau, je termine ma journée avec une session de pêche infructueuse mais le panorama à couper le souffle de type « Au milieu coule une rivière » me ravi… J’apprécie à nouveau cette soirée en solitaire. Nouveau plat lyophilisé, un peu de lecture et je me glisse dans mon duvet avec bonnet, collants et chaussettes, prêt à affronter le froid.

  • Salmon River – Cap Horn: 72km / +530m

Le réveil est splendide. L’eau, plus chaude que l’air, fume au-dessus de la Salomon River alors que le soleil apparait de derrière les montagnes. Ce troisième jour me mène dans un premier temps à Stanley. Un village très sympathique en ébullition à l’approche de l’éclipse de demain. C’est un peu le retour à la civilisation après 2 jours sur les chemins. Je m’empresse vers la première cahute vendant des boissons fraiches et m’offre un smoothie à la mangue. Puis, je file au charmant Stanley Café Bakery, recommandé par le couple rencontré la veille, afin d’y déjeuner. Mais il ne faut pas trop tarder car j’ai du chemin à parcourir. J’opte pour un petit raccourci de 8km par la route, n’étant pas en avance. Dans mon dos, se dresse la chaine des Sawtooth et ses neiges éternelles.

Je suis à nouveau seul et avale les kilomètres sur ses pistes longeant les champs et parfois traversant des propriétés privées où les vaches ruminent non loin. Puis, voilà que les éléments décident de venir me ralentir. Tout d’abord, la piste commence à former des mini-vaguelettes tellement inconfortables que je dois ralentir. Un vrai « tape-cul » ! Puis, le vent de face s’y mêle. Je hurle. Cela ne durera une bonne demie- heure avant d’atteindre la forêt. Une forêt détruite par un incendie il y a probablement quelques mois. Il y est précisé de ne pas trop s’y arrêter, les arbres pouvant être instables. Tout semble avoir été balayé ici mais le chemin est parfaitement entretenu.

Voilà que je longe une rivière depuis peu et hésite à m’y arrêter. Mais je m’octrois alors un pause-pêche, remonte ma canne et ma ligne, choisis soigneusement ma mouche et la dépose avec délicatesse en amont d’un petit courant. Celle-ci redescend, prend un virage puis tout à coup, se fait gober par… une « rainbow-trout » que je remonte lentement pour ne pas la perdre ! Je suis le plus heureux. Mon premier poisson du voyage. Je la libère de son hameçon, la prend en photo puis la relâche. Mais pourquoi ? Vous demandez-vous.

Plusieurs raisons. Tout d’abord, je pratique depuis peu la pêche à la mouche, un véritable sport où la finalité n’est pas de ramener un poisson à la maison mais bien de mettre œuvre un large panel de techniques pour en attraper. L’aspect autour de la préservation des espèces est aussi pris en compte. Enfin, la taille de la truite. Si celle-ci est petite, il est probablement interdit de la ramasser et également inutile car vous y trouverez très peu de cher.

Mon sourire figé, je remonte sur mon vélo et pédale à cœur joie. Je sors de la forêt et toujours aussi seul : chante, parle, siffle. Le fait d’être en solitaire se faire ressentir, j’ai besoin de m’exprimer.

J’aperçois la route et m’en rapproche. Avant cela, je dois trouver un endroit pour camper. Pas facile. Je deviens exigeant mais fini par m’installer au bord d’une nouvelle rivière où une caravane est installée non loin. Je commence à ressentir une certaine fatigue. Je me rince brièvement dans ce cours d’eau gelé, mange mes « noodles », continue mon bouquin à l’aide de ma lampe frontale et m’endors comme un bébé.

  • Cap Horn – Hot Springs Campground : 101km / +527m

Nous y sommes. 21 août 2018. Je n’ai pas choisi cette destination par hasard. Aujourd’hui, une éclipse totale est prévue à 11h26 et l’Idaho est au centre des attentions. En effet, l’éclipse sera 100% totale dans cette région avec des prévisions météorologistes très bonnes. En résumé, alors que le soleil brillera en fin de matinée, la lune va venir couvrir le soleil et plonger la région dans le noir durant 1 à 2 minutes selon les endroits.

J’ai choisi de me rendre à Bull Trout Lake pour assister à ce phénomène unique. J’y arrive vers 9h30 en ce matin frais. Quelques campeurs et familles y sont installés probablement depuis quelques jours. Je trouve un spot parfait au bord l’eau et pêche quelques instants avant que le phénomène ne se passe. Je sors alors une autre « Rainbow trout » !

10h30 – L’éclipse commence dès à présent. C’est le moment de mettre ses plus belles lunettes et d’admirer la lune entamant sa traverser devant le soleil. L’éclipse, à ce moment est partielle. Elle va l’être pendant une petite heure. Surement semblable à ce que nous avons vu en France en août 1999.

11h20 – la lumière faiblit et je n’aperçois plus qu’un croissant de soleil ; suffisant cependant à ne pas pouvoir regarder ce phénomène sans mes lunettes spécifiques.

11h26 – Je retire mes lunettes. L’éclipse totale prend tout son sens. Il fait nuit. Il fait frais. Les étoiles réapparaissent. Les oiseaux se mettent à chanter. Les gens crient. Les couleurs sur le lac sont magnifiques. Et puis, il y a un autre spectacle là-haut, dans le ciel. Quelque chose de tellement unique que j’ai du mal à le décrire. Un disque noir, la lune, dispose autour de lui d’un anneau de lumière, le soleil. C’est irréel et j’en ai des frissons. Cela dure 2 minutes puis le soleil réapparait suffisamment pour que je remette mes lunettes et que le jour se lève à nouveau… C’est un moment incroyable que je ne suis pas prêt d’oublier.

Il est 11h30 en ce lundi et voilà que j’ai déjà fait 1h de vélo, pêché une truite et assisté à une éclipse totale ! Mais il me reste beaucoup, beaucoup de kilomètres à parcourir. Ce jour est ma seule étape sur le bitume. Les premiers kilomètres sont plutôt sympas car la route descend raide et je fonce. Pointes à 70km/h ! Lancé à pleine vitesse, un jeune situé de de l’autre côté de la route me fait signe. Je presse les freins tant que je peux, me déporte de son côté et rencontre Adam est un new-yorkais  de Brooklyn réalisant le même tour mais dans le sens inverse. Il est le premier cycliste-randonneur que je rencontre. Et je crois que je viens de le sauver, puisqu’il cherchait une chambre à air après avoir crevé… On discute un peu et nous nous prenons mutuellement en photo avant de repartir chacun de notre côté.

Je m’arrête plus bas à ma deuxième source d’eaux chaudes, la « Bonneville Hot Springs ». Malheureusement, c’est assez express mais très joli. Cette fois-ci je ne suis pas seul, ni nu. Cette source d’eau bouillante vient se jeter dans une rivière à l’eau très froide. Cela forme alors des bassins aux températures différentes !

C’est reparti. Et cette journée va être longue et épuisante. Après avoir perdu plus de 1000m d’altitude, les températures sont remontées et le soleil tape sur le tarmac ! Première frayeur : ma chaine n’est pas loin de me lâcher et dois m’arrêter au bord de la route pour bricoler. J’arrive à la réparer. Puis, pause déjeuner oblige, j’ai besoin de recharger les batteries. Celles de mon corps comme celle de mes appareils électroniques. Je suis affecté physiquement ce qui  se ressent mentalement également. Me voilà dans un resto bien américain situé en dans une station-service de bord de route. Je m’y régale à manger des « steak-fingers »…

Je roule depuis plus de plus de 5h en plein cagnard, sur une route où mes larges pneus restent collés au sol, où mon chargement se fait ressentir et où les voitures me doublent si vite, parfois si près… 103ème kilomètre, j’aperçois un « campground ». La fatigue se faisant trop ressentir, je ne réfléchis pas longtemps et m’y installe.  Pas de camping sauvage ce soir. Les larmes aux yeux : je suis à la fois heureux et affaibli physiquement. Un drôle de mélange de sentiments. Je « pitch » ma tente. Toujours des pâtes, mais cette fois-ci une bière chaude accompagne mon diner. Je rencontre un groupe adorable de cinquantenaires férus de randonnées. Je me fais offrir le whisky ce qui m’achèvera…

  • Hot Springs Campground – Bald Mountain Campground : 65km / +1754m

Après une journée difficile la veille, ce mardi s’annonce également sportif. Je me rends compte que réaliser cet itinéraire avec un ou deux jours de plus n’aurait pas été désagréable. 1800m de dénivelé positif à réaliser ce jour, mais à mon plus grand bonheur cela se fera sur les chemins.

Tout commence bien puisque dès 8h30 du matin, après 10km, un bruit étrange retenti… Je ne peux plus pédaler ! Je descends de ma monture et m’aperçois alors que je viens de fendre mon dérailleur avant et d’à nouveau esquinter ma chaine ! Sur le moment, je me dis que tout est fini et que je dois rebrousser chemin à la marche, trouver un pickup et me faire conduire à ma destination finale. J’imagine le pire ce qui me rend triste.

Je me pause, respire et analyse la situation. Je tente de voir ce qui est réparable avec les quelques outils dont je dispose et fini par trouver de la sérénité pour réparer ce merdier. 30 minutes plus tard, la chaine remise et le dérailleur avant et le câble totalement retirés, je retrouve le sourire et peux rependre mon chemin.

Je dispose désormais d’un seul plateau avant, le plus petit, ce qui devrait être surmontable pour la fin de mon périple. Mais il me faut tout de même trouver de l’huile de chaine si je ne veux pas finir par casser cette dernière pour de bon. La poussière, le sable, l’eau et la boue de ces 4 premiers jours l’ont fatigué.

Premier village sur ma route : Placerville. Et quel village ! Une sorte de « ghost town » où une épicerie demeure. Donna vend de tout ! Je trouve des boissons rafraichissantes et… de l’huile multi-fonction que j’empresse de verser sur ma chaine. Je suis rassuré et repars.

Next stop dans un village de taille supérieure tout aussi reculé : « welcome to Idaho City ». L’Amérique, la vraie ! Je trouve un restaurant typique et dévore un burger. Je contemple la clientèle. Je suis comme dans un film. Mais encore une fois pas le temps de trainer. C’est une longue route de montagne qui m’attend.

Après 65 kilomètres parcourus ce jour et près de 1800m de dénivelé positif avalés me voilà rincé et de retour à plus de 2000 mètre d’altitude. Une longue journée où j’ai décidé de prendre mon temps étant encore affecte de la veille. Seul au monde dans ce pseudo camping au milieu de la forêt, je savoure ma dernière soirée et m’éclate à faire des photos. Je m’autorise un feu dans un « fire pit » mis à disposition, me concocte un dernier diner frugale et file me coucher.

  • Bald Mountain Campground – Arrowrock Reservoir : 39km / +325m

Je me lève une nouvelle fois tôt afin d’être certain que je ne louperai pas la navette qui m’attend à l’aéroport de Boise à 16h30. Cette journée qui s’annonçait plutôt agréable c’est transformée en véritable cauchemar.

Je termine l’ascension quasiment achevée la veille et rejoins le sommet de Thorne Creek Butte au lever du soleil, où le chien du gardien du refuge vient me saluer. Et voilà qu’il me reste une longue et sinueuse descente de 15km avant une dernière portion de 20 km pour atteindre la capitale de l’Idaho.

Le destin en décide autrement. 10 minutes après le début de la descente de type VTT, je heurte sévèrement un relief et mon pneu avant vient se déchirer. N’ayant – finalement – pas embarqué de pneu de rechange, je suis inquiet, très inquiet. J’essaie de mettre une nouvelle chambre à air mais 3 minutes plus tard, cette dernière se perce ne pouvant résister à l’entaille du pneu. Je respire à nouveau, tente de relativiser mais imagine le pire également.

Détail notable : je n’ai plus rencontré d’être humain depuis que j’ai quitté Idaho City la veille… Cependant, je prie de retrouver un peu de civilisation en bas de la vallée et une voiture qui pourrait éventuellement me conduire à l’aéroport pour les derniers 20 kilomètres.

Plus beaucoup de solutions s’offrent à moi alors que je dois redescendre et rejoindre Boise dans les prochaines heures. Je décide de courir en descente à côté de mon vélo. La pédale me tape régulièrement  derrière le mollet et je crie. J’aperçois au loin, mon chemin sillonnant le relief jusque si loin dans la vallée… J’y arriverai mais il va falloir être patient et courageux.

Après 45 minutes de course, le chemin s’élargie et devient moins pentu. Je décide alors de remonter sur mon vélo et de rouler, le pneu avant à plat. Ma vitesse est limitée, le confort est réduit mais mon cœur est soulagé car courir avec tout mon attirail commençait à me fatiguer. En ce qui concerne ma roue, je n’ai plus de scrupule. Elle finira surement à la poubelle ou en tout cas dans un dans sal état. Je recherche les parties de la piste les moins esquintées et mieux encore, je roule sur les étals d’épines de pin situées sur les flancs, ce qui améliore considérablement le confort et la tenue de route. Néanmoins, je dépasse rarement les 15km/h…

Ca y est ! Je sors enfin de la forêt, synonyme de la fin de la descente et atteint le Arrowrock Reservoir, lac artificiel qui annonce la proximité de campements et/ou de traces humaines. Une première voiture au loin sur le chemin, s’approche dans ma direction. Je l’interpelle, mais ce monsieur n’a pas prévu de faire demi-tour à ce  jour. Un deuxième pickup. Cette fois-ci des gardes forestiers. Même réponse mais ils me rassurent en me donnant des indications sur la proximité d’un camping et de voitures de qui pourraient se diriger vers Boise.

Je pédale toujours à plat et dorénavant sur du plat ! C’est très lent et les vaguelettes sur le chemin comme rencontrées quelques jours plus tôt refont leur apparition. Mais avec un pneu crevé, la sensation est encore plus insupportable. Je passe un premier camping, aperçois des gens au loin et décide de ne pas les déranger et de continuer ma route jusqu’à une Marina indiquée sur ma carte.

Soudain, j’aperçois une voiture dans mon dos, roulant dans la même direction ! Désespéré, je tends mon pouce et un van blanc s’arrête à ma hauteur. Un jeune couple souriant apparait derrière la fenêtre qui s’ouvre. Je leur explique la situation et leur demande un coup de main.

Cette californienne et cet australien viennent de sauver ma journée et par la même occasion la fin de mon périple. Je me retrouve à l’arrière de leur van, étalé sur leur lit de fortune, mon vélo plein de poussière et de graisse sur le genou. « This is Aaron and I am Hollis. Do you want some mate? »

Une expérience inoubliable

Je sors de cette aventure des souvenirs plein la tête, gravés à jamais dans ma mémoire. Je suis également fier de ce défi réalisé. A la fois sur le plan sportif avec des passages difficiles où j’ai su puiser dans mes réserves et sur le plan psychologique avec des moments laborieux – défiant la solitude dont je suis peu habitué.

Je ne m’attendais pas à un tel challenge sportif. A vrai dire, je n’avais pas analysé mon itinéraire en profondeur… J’ai cependant beaucoup apprécié le fait de ne pas avoir planifié mes étapes de façons précises, me laissant la liberté de m’arrêter plus ou moins où je le souhaitais.

Par ce voyage, je n’ai pas voulu battre des records, ni pousser les limites trop loin. Mon but principal étant celui de la recherche de l’expérience et du bonheur mêlé à la pratique sportive. Qu’est-ce que voyager seul et que cela apporte-t-il ? Etant le seul maitre à bord, comment atteindre son bonheur maximal ?

Voilà les questions posées avant de partir et auxquelles j’ai dorénavant des réponses.

Une autre question me taraude : quelle sera la prochaine aventure?