Mi-décembre 2019 : ni les grèves, ni les contestations sociales n’auront eu raison de mon départ. Deux semaines de vacances à Noel : une grande première pour la découverte de l’Australie, vers laquelle je l’avoue, je ne serai jamais allée spontanément.

Accueillis par Sarah et David, qui m’ont concocté un programme aux petits oignons, je me suis peu documentée : je vais me laisser porter…

La traversée nocturne de Melbourne me laisse à peine entrevoir les buildings de South Bank. Comme dans la métropole lyonnaise, une demi-heure suffit pour rejoindre la maison des enfants. Celle-ci est style victorien, de plain-pied avec des ferronneries, une courette intérieure qui nous accueillera chaque fois que le temps nous le permettra, un parquet ciré d’origine (j’adore !), des bibliothèques en bois intégrées. Chaleureuse à l’image de l’accueil des enfants, fonctionnelle, elle se situe entre les Royal Botanic Gardens et Chapel Street, le cœur de South Yarra.

Après une première nuit de récupération, nous partons à pied prendre un café Latte, dans un lieu typique avec une cour, le St Edmonds café, puis découvrir le quartier de Prahran et son Prahran Market où je découvre les étals emplis de fruits exotiques et de légumes, une fromagerie française, des traiteurs grecs.  Le quartier est vivant, commerçant et il y a des terrasses partout.

Après une sieste imposée par le décalage, direction la plage de St Kilda, en passant devant la Lego Tower, mon immeuble « coup de cœur », pour apéro Kombucha, les pieds dans le sable et une tentative de kitesurf pour David qui a oublié…sa combinaison 😉.

Dimanche, un coup de bus nous conduits à Collingwood, un quartier branché, de l’autre côté de la Yarra : les bâtiments sont anciens (19ème) et y nichent des restaurants, des concept stores (« The General Hub store » d’inspiration française y vend de nombreux articles de papeterie). A tous les coins de rue, je découvre des œuvres de Street Art, humoristiques ou engagées, immenses ou discrètes, mais toujours dans le respect de l’environnement urbain.

Nous rejoignons le quartier coloré de Fitzroy et ses boutiques de créateurs, ses galeries d’art, ses ateliers d’artistes pour finalement déjeuner à l’Industry Beans, ma première d’une longue série de tartines d’avocat ! Sur le chemin du retour, nous mangeons une glace chez Gelato Messina et prenons le temps d’une pause verte, allongés dans l’herbe du Fitzroy Gardens.

Ce début de semaine, pendant que les enfants travaillent, direction CBD (CiBiDi), le centre névralgique de Melbourne. Hop, hop, hop je coupe par le parc botanique, je passe devant le Shrine of Remembrance (Sanctuaire du Souvenir) dédié aux Morts de la première guerre mondiale et j’arrive au NGV (National Gallery of Victoria), qui abritent les expos de Keith Haring et Jean Michel Basquiat. Je fais l’impasse car j’aperçois des buildings, une cathédrale, des flots de piétons : j’ai envie de sentir le pouls de cette ville et de m’y immerger. J’emprunte le pont (jolie vue !), je tourne, je vire, je découvre de toutes petites ruelles, des galeries, des bâtiments du début 19ème (the old General Post Office occupé par H&M), des immeubles modernes…Bref une grande diversité architecturale le tout dans une mouvement continu et un brouhaha d’enfer ! Je me sens comme chez moi, c’est facile, rassurant, je saute dans un tramway pour aller faire une pause avant le Street Art Tour que Sarah nous a réservé.

Rendez-vous avec Jérémy, lui-même streetartist, pour une heure de découverte d’expressions artistiques diverses et variées : graphs, affiches, œuvres encadrées, boites de conserves anthropomorphes, ficelles… L’art de rue se présente sous toutes ses formes dans les ruelles emblématiques de CBD (Hosier Lane, Degraves Street…). C’est chouette de voir la place laissée aux artistes de rue et le respect des installations.

En revanche, pas facile l’accent australien le deuxième jour, avec mon oreille, qui me joue des tours de compréhension…Un peu tendue aussi car David avait oublié…son téléphone dans le Uber 😉

Nous sommes ensuite allés nous faire voir chez les grecs, très représentés à Melbourne : Gazie est une table sympathique – et néanmoins bruyante – où nous goutons plein de petites portions délicieuses. Vous l’avez compris : le bruit n’est plus mon ami !

Puis, c’est le grand départ pour Philip Island, une ile d’environ 100m2 située à l’est de Melbourne où nous avons loué la maison de Jeanine avec un jardin digne du facteur Cheval : des petits sculptures pour accueillir les oiseaux locaux (cacatoès, perroquet…) et des recoins partout dans lesquels nous retrouvons les passions de la propriétaire : surf et requin !

C’est ma première approche de l’océan : j’adoooore ! Des plages sauvages, sans âme qui vive, des oies qui se promènent en famille, des couchers de soleil mémorables, des points de vue à couper le souffle (cap Woo lamai). Je commence à me faire une idée de la densité de la population sur le continent australien…

Mais n’oublions pas que c’est Noël et que tous les trois, nous avons l’habitude de le fêter en famille. Ce sera une première en comité réduit et nous avons tout bien préparé : le cactus de Noel, les cadeaux, le champagne, le bon vin et les noix de Saint Jacques. Je ne vous l’avais pas précisé mais notre voiture était chargée à bloc !

Un bonnet « Ho, Ho, Ho » acheté au supermarché nous met dans l’ambiance locale et nous débutons notre réveillon. Le soleil et la chaleur modifient totalement l’ambiance : me voilà réconciliée avec les fêtes de fin d’année. Il était temps ! 

Le réveil chez Jeanine est sonné par des nuées d’oiseaux : cacatoès, loriquet arc en ciel, cacatoès rosalbin… David qui a toujours été angoissé par les oiseaux, met des graines dans sa main (consignes de Jeanine !) et accueille immédiatement un loriquet, qui accroche ses serres sur son doigt. Téméraire mais peu rassuré 😉

Départ pour the Wilson Promontory National Park dits les Prom’s. Les sacs sont prêts pour nos trois jours de camping : répartition de la charge (Sarah a un statut tout particulier), attribution à chacun de rations de fruits secs, sélection du matériel essentiel. Il faut réduire un max !

Voiture garée, nourriture chargée, nous sautons dans la navette qui nous conduits au départ du track. Nous sommes une vingtaine, en petits groupes mais très rapidement, nous nous retrouvons seuls, chacun ayant pris son rythme : tout est vert, c’est la forêt tropicale avec des fougères arborescentes géantes. Cette fois, ce ne sont pas les ours qui nous menacent mais les serpents, qui adorent se faire dorer au soleil : celui qui passe devant, sera donc vigilant.

Notre arrivée sur Sealers cove est magique : une plage de sable fin, le silence, l’océan turquoise. Nous quittons nos chaussures pour traverser un bras de rivière et nous montons dans la forêt à la recherche de notre campground, sommairement aménagé (table en bois, source d’eau non potable). Premiers arrivés, premiers servis : nous montons nos tentes côte à côte et partons profiter de la plage. Retour pour dinette (on n’est pas super équipés à comparer de nos voisins…alors, on fait attention, car il faut tenir jusqu’au bout) et on se couche tôt, au rythme de la nature.

Le lendemain, le vent est tombé et la chaleur est accablante au réveil. Notre destination pour la nuit prochaine est Little Waterloo Bay. L’étape sera plus longue et nous décidons de faire une vraie halte-déjeuner à Refuge camp, charmante petite baie où de nombreux pécheurs australiens ont amarré leurs bateaux. Ils font ronfler leurs moteurs, chauffer leur barbecue. Bref, ce ne sont pas des écologistes convaincus ! L’arrivée en fin d’après-midi à Little Waterloo Bay est bienvenue : les montagnes russes n’en finissaient pas.

Une petite clairière en retrait du camp nous tend les bras, le spot idéal pour voir les animaux. Provision d’eau, décrassage sommaire, mots croisés (niveau 2-3) en collectif. Des cris attirent notre attention : un wallaby s’est aventuré dans le centre du camp et a pris ses aises devant la tente d’une famille. C’est l’attraction : l’animal a l’air désorienté d’autant que la jeune fille de la famille crie et saute pour lui faire peur. Dommage…   

Dernier repas : il nous reste du gaz, des pasta mais fini les gourmandises sucrées : on achètera des Ferrero au retour 😉.  Les hautes herbes se mettent à bouger et David nous fait signe de nous taire : un wombat s’approche. Il n’est pas du tout apeuré et contourne les chaussures de David sans même lever la tête (je ne sais pas s’il peut d’ailleurs la lever car cou et tête ne font qu’un) : une vraie tondeuse à gazon ! Après cet épisode « nos amis les bêtes », dinette et au lit. Toute la nuit, j’ai entendu des bruits, des cris, des frottements d’animaux contre la paroi de ma tente…et je suis restée bien sage dans mon duvet.

Départ aux aurores pour la dernière étape qui boucle la boucle et nous ramène au bus. Heureux de notre périple, nous retrouvons le monde civilisé (trop ?) et après une baignade (ça caille vraiment pour moi qui n’aime que l’eau tiédasse), direction Foster pour une nuit motel (i.e. nettoyage et bonne bouffe) avant de nous rendre au cœur des Gippsland.

Sophie et François, les parents de Sarah ? m’ont précédée en Australie. Grâce à eux, nous avons un guide de la région avec des indications précises et qualitatives : merci pour votre belle sélection et vos conseils avisés !

Nous voilà arrivés à Paynesville quinous attend pour aller voir les koalas (j’en rêve !) qui vivent, protégés sur une petite ille à laquelle on accède en bac ou en petit bateau de location. Nous constatons en arrivant que les fumées des incendies sont poussées vers nous et sont prévues encore plus intenses pour le lendemain…

Etonnamment, je ne vous ai pas parlé des feux depuis notre départ. Pourtant, nous suivons l’actualité au fil de l’eau et nous en parlons souvent, d’autant que nous nous rapprochons de la zone critique. Ne pas anticiper, profiter des moments comme ils se présentent et penser fort à ceux qui vivent ce drame : tel était notre état d’esprit, nous qui n’étions qu’en vacances et n’avions pas le cœur de nous plaindre.

Nous prenons le bac et nous suivons le fléchage au sol qui nous conduit sur la piste des koalas, suspendus dans les arbres…comme dans les livres. Ils se confondent avec le feuillage des eucalyptus Sarah est la plus forte au jeu de la découverte : elle les trouve les uns après les autres jusqu’à cette femelle avec son petit que nous contemplons longuement.

Le petit cottage, qui nous attend pour la nuit à Lucknow, est charmant, entièrement rénové dans le style traditionnel. Un seul hic : David a reçu un SMS du gouvernement australien qui nous prie de quitter la zone immédiatement en raison des incendies qui s’étendent dans notre direction. La « Great Alpine Road » qui nous conduit à notre prochaine halte est fermée et le contournement en serait long et risqué. Nous improvisons notre premier « conseil de famille » pour décider de la suite de notre road trip : nous suivrons les consignes et prendrons la route à 4 heures du matin pour Melbourne.

Melbourne : nous sommes lundi matin 30 décembre. Place à l’improvisation dans la joie et la bonne humeur. Une baignade à Half Moon Bay et un pèlerinage à Balaclava, un quartier du sud de la ville dans lequel vit la communauté juive orthodoxe. C’est ici que David et Sarah (et oui !) se sont installés à leur arrivée. De belles fresques colorées me rappellent le gout des australiens pour le streetart : ce quartier est très chaleureux, vivant avec des bâtiments bas et de nombreux commerces. Pas parlé non plus de l’importante population asiatique présente dans cette mégapole : nous déjeunons dans un restaurant de quartier coréen !

Mardi 31, un soleil magnifique. Mission « Réveillon » avec les courses de choix au South Melbourne Market, marché couvert digne des Halles Paul Bocuse : tout y estpour un diner savoureux.  On peut également y boire un bon café chez Clément.

Après ce faste alimentaire, nous changeons de contexte et nous rendons à l’Abottsford convent, un couvent datant du dix-neuvième siècle devenu un site dédié à l’art et à la nourriture (marchés locaux, restaurants…). Ce lieu héberge une association à but non lucratif « Lentil as anything » : c’est un restaurant végétarien basé sur le don. Pas de menus, seulement une affiche expliquant ce que les différents dons peuvent couvrir. Vous pouvez manger gratuitement, payer le prix de ce que coute un repas ou payer plus pour prendre en charge les repas d’autres personnes. Vous pouvez aussi participer bénévolement le temps d’un service ou plus. Une vraie belle initiative sociale qui trouverait son sens à Lyon !

Et pour rester dans la « bouffe », nous lançons notre atelier cuisine en rentrant. Pour moi, ce sera tarte au citron et chantilly maison, dont Sarah la gourmande gardera la recette, et pour les enfants risotto aux saint-jacques.

L’apéro se fera sur la plage comme le veut la tradition australienne, sauf que nous y serons à 19 heures. Nous sommes ensemble, nous avons du champagne, des trucs à grignoter, un Quizz trop difficile (gasp !) et un coucher de soleil ma-gni-fi-que : prêts pour changer d’année et se préparer à accueillir l’arrivée du « petit nain nouveau »…

Coucher tôt… Nous sommes debout aux aurores et comme nous sommes le 1er janvier, il est probable que nous ne serons pas nombreux sur la route. Alors, nous traversons Melbourne direction la côte ouest avec un double objectif : faire du surf pour David et me faire découvrir Torquay, la Mecque du surf, dans laquelle David et Sarah aimeraient bien prendre leurs quartiers.

Le long de la Great Ocean road, nous ferons plusieurs stops sur une côte toujours plus sauvage et plus grandiose.

A Jan Juc, une ambiance « atlantique » avec des surfeurs sur tous les parkings, enfilant au cul de leur voiture leurs combinaisons néoprène, waxant amoureusement leur planche, le cheveu souvent long et ondulé… Sur la plage, on surfe en famille… C’est cool, vraiment très cool à regarder, c’est comme une promenade dominicale. Néanmoins, aucune tentative cette fois de me mettre au diapason familial 😉 : je ne ferai pas de surf. Je rejoins Sarah sous le parasol du père Noel et nous bullons en regardant le « bal des surfeurs »

A Anglesea, pause pique-nique, seuls sur la plage. A Lorne, marche jusqu’au Split Point Lightouse pour découvrir le point de vue sur Table rock, Eagle rock et l’horizon infini.

Bière de fin d’après-midi à Torquay où les couche-tard du réveillon sont finalement arrivés et se pressent sur les terrasses du front du mer.

Pour notre dernière escapade, David et Sarah choisissent Mornington Peninsula, la péninsule qui ferme la baie de Melbourne et fait face à Philipp Island. Depuis mon arrivée, je suis prise en charge, guidée, orientée : c’est un voyage de tout confort moi et j’aimerais aussi participer… En fouinant dans les guides, j’ai découvert un lieu que j’aimerais leur faire découvrir : le Mac Clelland Sculpture Park and Gallery, est un parc de sculptures, qui présente plus de 100 œuvres à grande échelle de grands sculpteurs australiens et ce dans 16 hectares de brousse et de jardins paysagers. C’est une agréable promenade, qui propose des œuvres en pierre, en métal, en verdure, certaines drôles, d’autres questionnantes…comme l’art contemporain sait le faire.

Nous passons le village montagneux de Arthur’s seat – il y fait froid et la fumée qui arrive des incendies masque le paysage – , nous déjeunons dans un restaurant installé sur une propriété viticole, the Foxeys Hangout. C’est le plein été et pourtant, nous sommes emmitouflés sur la terrasse dans des plaids pour savourer une succession de petites tapas, accompagnées du vin de la propriété. C’est néanmoins parfait !

Et pour clore le périple, balade digestive à Fosters, puis à Cape Schanck, que nous atteignons en parcourant une passerelle recouverte de planches, qui chemine au travers du relief escarpé : un cap découpé, agité avec des dégradés de bleu et de gris, l’océan qui tape et qui nous rappelle à tout moment sa puissance. Nous immortalisons l’instant avec un selfie !

Mon séjour tire à sa fin et comme nous l’avions débuté, nous partageons un café Latte au Tall Timbre café, émus de bientôt nous séparer et en même temps tellement heureux de ce temps passé ensemble.

Etonnante découverte que celle de l’Australie. Certes, vue par le prisme de mes enfants, elle est une belle surprise. J’y ai découvert une nature comme je l’aime sauvage, authentique, grandiose et…respectée. Il m’a semblé que le peuple australien avait une conscience éco responsable que nous n’avons pas, à la fois dans le respect de leur environnement naturel et également dans leur quotidien. J’y ai remarqué des pratiques urbaines simples (tri, récupération, occasion…) qui y sont monnaie courante et qui illustrent une prise de conscience avancée. Avec un peu d’humour et pour ceux qui connaissent mon amour de la race canine, j’y ai aussi découvert que les rues de Melbourne étaient propres et entretenues.

Je fais un clin d’œil tout particulier à Sarah qui a supporté le duo mère-fils pendant deux semaines et tous les deux, je vous remercie de m’avoir accueillie, fait sentir chez moi et donné tous ces jolis moments ensemble.