From Paris to the U.S. 

J’aurai pu raconter que le premier truc dont parle le guide de Salt Lake City c’est un putain de centre commercial,

J’aurai pu raconter que votre maison est canon si on fait abstraction de vos goûts définitivement douteux pour les plantations “sam’suffit” et la profusion de photos polaroïds,

J’aurai pu raconter que votre frigo fait tellement “padrés” qu’il fait carrément flipper,

J’aurai pu raconter qu’on a encore une légère marge de progression côté camping sauvage (45 minutes pour trouver le spot qu’on nous avait indiqué vs. 3 minutes pour déchirer la tente à 300 balles que Pat nous avait prêtée),

J’aurai pu raconter que le nouveau kiffe de David c’est d’acheter des perceuses et des « fils à débroussailler »,

J’aurai pu raconter qu’on a passé la moitié d’une nuit à attendre un truck parce que t’avais paumé les clefs de la voiture de location. La seconde partie de la nuit ayant eu le lieu dans ledit “truck”, avec notre voiture remorquée à l’arrière, pour une petite visite de l’agence Avis la plus « proche ».

J’aurai pu raconter que le soir où David n’était pas là, on s’est maté 2, 3 épisodes de Newport Beach en secret comme quand on avait 15 ans,

J’aurai pu raconter que je sais manifestement plus freiner (voire plus conduire),

J’aurai pu raconter qu’on a bouffé l’invention la plus calorique du monde sans le moindre sentiment de culpabilité : le bagel banane / beurre de cacahuètes / noix de coco,

J’aurai pu raconter qu’on a fini par arriver 4 minutes trop tard pour ce con de coucher de soleil à Newport Beach, après avoir passé l’après-midi à prévoir le meilleur spot pour y assister et le meilleur itinéraire pour y arriver,

J’aurai pu raconter que je me suis collée 2 ou 3 grasse matinées bien affûtées au lieu d’aller visiter,

J’aurai pu raconter que David travaille parfois sur son canapé,

J’aurai pu raconter qu’en vrai on ne dort pas hyper bien dans un van Volkswagen trop stylé,

J’aurai pu raconter qu’on a bu un café à Los Angeles juste à coté de ce bolide de Gabriel Aubry et qu’il ne nous a même pas calculées,

J’aurai pu raconter qu’on a passé les vacances à chanter “Back to Cali Cali Cali” sur un air qui n’a jamais existé.

Et puis… je me suis dit qu’on passerait vraiment trop pour des truffes et que du coup je ne serai jamais publiée sur votre blog. Donc j’ai opté pour un truc plus “chiadé” dans l’espoir d’avoir droit à ma minute de gloire.

Et en fin de compte, j’ai réalisé que si la version intello ne convenait pas non plus, ce ne serait pas si grave parce que de toutes façons j’écrivais surtout pour toi.

Bonheur simple

La campagne californienne exposait ses courbes délicates et parfumées aux premiers rayons du soleil et nous observions ce spectacle depuis les hauteurs de Mulholland Drive, dans la chaleur encore douce du petit matin.

Sous nos pieds, au loin, le tumulte de la ville n’était qu’une étendue infinie de maisons minuscules assortie de quelques grattes ciels miniatures en guise de repères.

Mais depuis les hauteurs, l’air qui nous enveloppait était parfaitement paisible et la vue imprenable nous semblait miraculeusement figée. Comme si les collines tout autours et la ville tout en bas s’étaient entendues pour poser sous nos yeux pour la postérité.

Les odeurs nous parurent soudain étrangement familières, bien que nous n’ayons jusqu’ici, jamais mis les pieds en Californie.

Malgré le changement de latitudes, le thym, la myrte et les sentiers de terre séchée nous transportaient quelques années en arrière, à l’époques où les buissons capricieux égratignaient nos mollets téméraires, où nous portions des bobs colorés et où les senteurs méditerranéennes de la Corse, du Causse ou des criques espagnoles marquaient à jamais nos cœurs d’enfants, tandis que nous étions trop occupées à négocier la fin de la ballade ou à nous disputer le dernier biscuit, pour nous en apercevoir.

Les grillons méridionaux avaient désormais cédé la place aux mouettes californiennes, les bobs bariolés aux inévitables paires de Rayban, et les chamailleries ridicules d’autrefois à propos d’un malheureux biscuit traitaient désormais de sujets autrement plus ambitieux, tels qu’une photo prise à contre jour ou une lecture trop aléatoire des panneaux de signalisation…

Mais nos cœurs et nos sens étaient intacts. Et la mystérieuse équation qui les additionnait, celle qui avait dessiné nos souvenirs d’enfance sur des droites parallèles et tissé les liens indéfectibles qui unissent les frères et sœurs, était d’une efficacité immuable.

Les quelques années que nous avions gagnées n’avaient pas changé la face de notre monde, elles nous permettaient simplement d’apprécier désormais à sa juste valeur, le paysage que nous offrait ce matin d’avril.

L’espace d’un instant, plongée dans un horizon presque intimidant de beauté, chacune de nous mesura silencieusement le même bonheur : celui de partager, une fois encore, une embrouille pour des broutilles, sur un sentier ensoleillé, baignées dans le parfum inoubliable des vacances.

 Le bonheur simple et grisant d’avoir une sœur.

 

Rédigé par Marie Thibert